"Je veux bien prendre une balle pour que tous gardent leurs emplois."

Version imprimableVersion PDF

Survolté, Samir se bagarrera dur à la rentrée pour préserver le site d’Aulnay. Son expérience, sa soif de revanche, il les doit à ses premières années de vie dans le Pas-de-Calais.

«Chez moi, dans le Pas-de-Calais. » Samir Lasri balance souvent cette phrase. Une ritournelle, teintée de fierté et de colère. « À Hénin-Beaumont, on nous faisait bien sentir qu’il n’y avait pas de travail pour les enfants d’immigrés. » À dix-neuf ans, le gars du Nord déboule à Paris. Fait deux ans d’intérim chez PSA Aulnay. Puis, c’est le CDI. Roublard, il raconte : « Mon chef d’atelier m’a dit par la suite qu’ils avaient fait une erreur de m’embaucher. » Sur la chaîne de montage, Samir, trente-deux ans, s’érige en défenseur des salariés. Hâbleur, il tire avec avidité sur sa cigarette et jure la main sur le cœur : « Je n’ai pas de diplôme, ni bac, ni brevet. Mais plus jeune, j’étais déjà un peu révolutionnaire, en train de discuter avec tout le monde. » Le carcan du salariat, très peu pour lui. Sa tchatche qui sonne chti, il la met au service de la CGT dès 2007. Élu au CHSCT en 2010, ce petit format sait se faire entendre.

Depuis l’annonce de la fermeture du site, les chefs d’équipe font des briefings aux salariés, leur proposent des formations ou une aide pour leurs CV. Quotidiennement, Samir coupe court à la mascarade. « On dit que je suis agressif, mais je vouvoie, je respecte les gens. » Toujours sur la brèche, en 2007, il était revenu de vacances pour participer à la grève sur les salaires. « C’était dur, c’était bien », se souvient-il. La lutte pour sauver le site d’Aulnay, il la conçoit comme « un combat de nerfs » entre le patron et les salariés. La fin de l’usine, Samir, ne veut même pas en entendre parler. « On ira jusqu’au bout, je veux bien prendre une balle pour que mes collègues gardent leurs emplois », lance-t-il d’un ton théâtral. La répression a déjà commencé à s’abattre. Une semaine avant l’annonce de la fermeture, Samir a reçu une convocation au commissariat du 17e, pour violences et violation de domiciles au siège de PSA, avenue de la Grande-Armée. Des faits qui remonteraient à... 2009. Ce bout de papier, il le montre.. en rigolant. Fasciné par les aventures d’Ali La Pointe, héros de la bataille d’Alger, le Nordiste bouillonnant lorgne aussi du côté du Che. Tout en admirant les anonymes qui se sont battus dans le Pas-de-Calais pour garder leurs usines et pour la garantie des droits syndicaux.

Samir est un pacifiste. Bien loin de l’étiquette de syndicaliste irresponsable que veut lui coller la direction. « Varin, croyait qu’on allait tout péter le jour du CCE, c’est raté. » Quand il appuie sur Pause, l’ouvrier branché sur 1 000 volts se défoule en faisant des brasses de piscine. « Son caractère ferme », c’est encore le Pas-de-Calais qui l’a forgé. « Je connais le chômage, qui entraîne misère sociale et racisme. Dans une boulangerie, on m’a déjà dit : “T’es pas français, tu rentres pas ! » À mille lieues de l’ambiance chez PSA. « Il n’y a pas de nationalités. On est tous des ouvriers. » Le syndicaliste revendique son métissage détonant. Né dans le Nord, Samir a fini par poser ses valises à Argenteuil (Val-d’Oise). Au mur de son salon, il a accroché le drapeau de l’Algérie. Pendant ses vacances, il a juste prévu de dormir. Pour mieux rugir à la rentrée.

Cécile Rousseau

 

Source: 
Date de publication: 
25/07/2012