Les salariés de PSA prennent la défense d'Ahmed

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«Ahmed! Ahmed! Ahmed! » Son prénom a été scandé hier par les manifestants rassemblés aux portes de l’usine PSA Peugeot-Citroën d’Aulnay. « Voir autant de gens rassemblés pour moi, ça fait chaud au cœur », confie Ahmed Berazzel, sourire aux lèvres. Le jeune délégué CGT est depuis octobre dernier sous la menace d’un licenciement.

Après l’avis négatif émis par l’inspection du travail, la direction de l’usine a formé un recours auprès du ministère du Travail. Hier, massés sous la pluie, ses collègues, les représentants de la CGT, ainsi que la députée PC du Blanc-Mesnil Marie-George Buffet et Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière, lui ont témoigné leur soutien. « C’est un délégué syndical toujours présent, le premier à se mouiller pour tout le monde. Alors c’est normal qu’on soit là », glissent Housni et Lahcen, deux de ses collègues.

Il faut dire que la grande silhouette d’Ahmed Berazzel est devenue familière aux salariés de l’usine. On l’a aperçue aux premiers rangs du mouvement de grève de 2007, qui a duré six semaines, pour des augmentations de salaire. Il a aussi été de ceux qui ont débrayé en 2005, lors d’une autre grève mémorable. Et puis, cela fait tout de même onze ans qu’il travaille là. « J’y suis entré à l’âge de 18 ans, je sortais tout juste du lycée », raconte-t-il. A l’époque, il habitait Aulnay et, comme bien d’autres jeunes, il s’est dirigé vers le plus gros réservoir d’emplois du secteur. C’est là qu’il va découvrir l’activité syndicale. « Je suis rentré à la CGT en 2005, juste avant la grève. Les délégués venaient me voir de temps en temps. Leurs idées me convenaient. Le boulot était de plus en plus dur, les salaires étaient bas, et la charge de travail augmentait avec les suppressions de postes. »

Dans la manifestation d’hier, chacun louait sa combativité. La direction de l’usine semble avoir un tout autre avis. Depuis 2008, Ahmed Berazzel a écopé de cinq sanctions : « J’ai eu dix-huit jours de mise à pied en tout! J’avais à peine reçu un courrier pour une sanction que la direction m’écrivait à nouveau pour m’en annoncer une autre… » Philippe Julien, délégué CGT sur le site, estime qu’« on ne peut pas séparer ce qui arrive à Ahmed de ce qui se passe dans l’usine. Si la direction demande son licenciement, c’est parce qu’elle s’apprête à porter des coups contre les salariés. »

La direction évoquait hier un « comportement agressif et menaçant, pas compatible avec notre règlement intérieur », tout en refusant d’entrer dans le détail du dossier. L’inspection du travail a, il y a deux mois, estimé que les faits reprochés n’étaient « pas établis » et que la sanction présentait « un lien évident » avec les fonctions syndicales d’Ahmed Berazzel. C’est maintenant au ministère du Travail de trancher. Il dispose de quatre mois pour se prononcer. En attendant, une pétition de soutien a recueilli plus de 1000 signatures dans l’usine, ainsi que celles d’une soixantaine de personnalités, dont le chanteur Bernard Lavilliers et le réalisateur Robert Guédiguian.

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Date de publication: 
29/04/2011